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François Luizy est mort. Il est allé discuter avec Christian Döppler comme il a été dit avec humour extrait dans son oraison funèbre. Ce vendredi, l’église était pleine pour accompagner François. Un drôle de rassemblement. Parmi les amis et la famille, se retrouvaient tous les mondes de l’échographie. Angiologues, bien entendu, mais aussi radiologues, obstétriciens, “généralistes”, … et aussi la plupart des constructeurs. Pour un peu, on se serait cru dans l’un de ces premiers congrès d’échographie où toutes les disciplines s’entremêlaient, où les querelles et les rivalités n’existaient pas encore, où une bande de doux dingues s’extasiait. François était de ceux-là. Pionnier de la médecine vasculaire, formateur de générations de médecins, auteur de tant d’ouvrages et d’articles de référence, promoteur de tant de progrès. Ces dernières semaines, il était encore acharné dans la correction des épreuves d’un manuel destiné à faire date. Pourtant, rien de nostalgique dans ces retrouvailles inattendues. De la surprise pour beaucoup. Dans sa très grande pudeur, il n’avait pas laissé voir la maladie qui le rongeait et contre laquelle il menait un combat quasi quotidien depuis quatre ans. Une sorte de colère résignée aussi. Une preuve supplémentaire que le sort est vraiment aveugle, qui vient nous priver, des justes, des bons, des indispensables. Et puis, une espèce d’atmosphère douce et tranquille. Probablement liée au bonheur d’avoir pu connaître cet incroyable bonhomme, excellent médecin mais modeste, inventif mais toujours près des patients, qui savait juger les hommes, identifier les bons et les mauvais mais se montrer l’ami de tous, qui savait écouter et respecter chacun mais aussi insister et convaincre, qui savait rêver un idéal et affronter au quotidien, pas à pas, les obstacles concrets placés sur sa route. Oui, nous étions tous heureux d’avoir pu savoir qu’un tel homme existe, d’avoir pu le côtoyer et espérer ne serait-ce qu’une infime contagion de son éternelle et forte bonté. François avait à cœur de mener à terme un nouveau chantier œcuménique. Secrétaire Général de la Fédération Française d’Ultrasons, il portait sur ses épaules l’organisation de nos premières journées de novembre. Son talent de rassembleur, son obstination, l’amitié dont il jouissait auprès de tous étaient les meilleures garanties de réussite. Nous avons été trop lents à nous mobiliser et à nous organiser. François ne verra pas prendre forme ce rassemblement du monde de l’échographie. Nous n’avons pas su lui donner cette satisfaction. Le moins que l’on puisse faire est de nous acharner à faire un succès de ces journées et, au-delà, réussir l’aventure de cette fédération. Oui, François est allé discuter avec Christian Döppler. Pour reprendre les mots de son oraison, il acceptera même Fizeau à leur table car il ne sait pas être autre qu’ouvert et amical. François, souriant de l’autre coté de la table lors de nos interminables séances de travail. Pizza et Coca. Brutalement, le prosaïque devient objet de mémoire, symbolique gravée bien au fond de nos cœurs. François laisse Annette, une femme admirable. A son image. Et deux garçons, clairs et solides. Et à l’âme belle. |